Le président polonais Lech Kaczynski, confirmant publiquement ce que laissaient entendre depuis des semaines ses collaborateurs, a indiqué qu'après le "non" irlandais, il considérait Lisbonne comme juridiquement mort, et n'avait pas l'intention de signer l'acte de ratification du traité (il avait toutefois signé la loi autorisant la ratification, nuance qui m'avait échappée dans ce post).
Sans surprise non plus, le président allemand Köhler a annoncé qu'il attendrait le résultat du recours devant la cour constitutionnelle avant de signer. C'est logique, et c'est l'attitude qu'il avait prise lors d'un recours similaire visant le TCE.
Aucun de ces refus ne semble être un obstacle définitif à Lisbonne : tout comme Vaclav Klaus, Lech Kaczynski s'appuyant sur le "non" irlandais, il serait sans doute amené à parapher le traité si l'Irlande votait à nouveau et le ratifiait.
Horst Köhler, lui-même pro-Lisbonne, s'em
pressera de signer si la cour donne son feu vert, mais il faut lui reconnaître le mérite du respect des institutions de son pays, ce qui ne va pas de soi dans le climat actuel (il est d'ailleurs critiqué pour cela au SPD). En revanche, la réponse de la cour constitutionnelle est une inconnue, son examen du TCE ayant été interrompu après les "non" français et néerlandais.
Le mérite principal de ces deux annonces est de casser l'un des ressorts principaux que les fédéralistes veulent utiliser contre les Irlandais : une illusion d'unanimité pro-Lisbonne dans les 26 autres pays.
Add. : quelques précisions du correspondant UE de la BBC à propos de l'annonce du président Kaczynski :
[Le correspondant de la BBC à Varsovie] me dit que la constitution [polonaise] indique que si le parlement ratifie un traité, et il l'a fait, le président est tenu de le signer afin de le faire entrer en vigueur. Mais la constitution ne donne pas de limite de temps.
Si le gouvernement voulait faire avancer les choses, il pourrait le traîner devant le tribunal d'Etat, mais c'est peu probable. [...]
Mon propre sentiment, c'est que si les Irlandais sont "persuadés" de re-voter, ceci n'a pas beaucoup d'importance. Mais si le gouvernement irlandais refuse d'organiser un nouveau scrutin, et si d'autres pays commencent à les menacer, ça deviendra très important : la bataille serait alors entre ceux qui veulent tuer Lisbonne et ceux qui veulent avancer sans l'Irlande.

