Le hyatus entre les ambitions grandiloquentes de l'UE et la réalité de sa capacité d'action sur la scène internationale apparaît un peu plus à chaque crise, majeure ou mineure.
Exemple de crise mineure : dans sa dérive nationaliste et autoritaire, la Russie vient d'imposer la fermeture de plusieurs bureaux du British Council à travers le pays. Le Royaume-Uni, qui voit ce geste comme violant la Déclaration de Vienne de 1963 sur les échanges culturels, attendait un minimum de solidarité des autres pays de l'UE, et en particulier une déclaration de la Présidence du Conseil européen. David Miliband (ministre des affaires étrangères) et Gordon Brown s'étaient montrés confiants lors de la réunion du Conseil à la fin de la semaine dernière :
"Je pense que si vous gardez un oeil sur le site de la Présidence [portugaise, NDHV] aujourd'hui ou en début de semaine prochaine, vous verrez une déclaration très claire sur cette question." (Miliband)
"J'ai parlé aujourd'hui à de nombreux chefs de gouvernement qui sont en colère devant ce qui vient de se passer. La déclaration de la Présidence reflétera cette colère." (Brown)
Le blog de The Economist note que cette déclaration n'a pas reflété de "colère"... parce qu'il n'y a pas eu de déclaration. L'UE a visiblement préféré éviter d'encourrir le courroux russe.
Les fédéralistes répondront : ce manque de solidarité est bien la preuve que l'UE doit avoir le monopole de la poltique étrangère ! C'est faux : seuls les Etats membres sont capables de défendre leurs intérêts. Plus ils seront dépossédés de cette capacité au profit de l'UE, plus l'Europe deviendra le ventre mou géopolitique qu'elle est déjà largement - capable tout au plus de faire de la surenchère politiquement correcte sur le "réchauffement climatique."
Henri Védas